Je suis bien arrive, j ai un hotel correct sans que ce soit un tres bon rapport qualite/prix, pour Jodhpur je vais tenter la reservation telephonique, sans doute plus efficace que la reservation internet qui n a pas marche. J ai une chambre sur le toit qui donne sur une vaste terrasse ou on peut manger (mais je ne fais qu y passer, pour manger je vais a l hotel d en face qui est mieux). Je viens de comprendre ou est l'apostrophe sur le clavier. Instants assez magiques, on dine au milieu des plantes tropicales et sous les etoiles, a la chaleur d'un brasero. Comme c'est la saison des mariages, de nombreux feux d'artifices sont tires dans la ville, et du toit on les voit tres bien. Seulement c'est concernant ce genre d'aspects que j'ai sous-estime le fait d'etre seul. A partager ce sont des moments remarquables, mais tout seul j'y suis assez peu sensible. Pratiquement tous les touristes voyagent en couple et cela me file le bourdon. A raconter c'est tres bien aussi, et au passe en general, tandis qu'a vivre au present heure apres heure c'est vraiment difficile.
Je viens de regarder si je pouvais rentrer directement depuis Jodhpur. Je prends le train demain soir pour cette ville. Je me dis que si je ne me sens pas mieux je sauterai dans le premier avion. Vers Strasbourg, histoire de faire le plus simple possible. Deux changements et 24 heures en tout mais c'est une solution, qui a un prix, moins cher que ce que j aurai cru (meme si ca peut changer d'ici la), et que je suis pret a payer (c'est dire). Cela me tranquillisera peut-etre de voir que je peux rentrer des que j'en ai trop marre.
Aujourd'hui par exemple je me suis dit que c'etait peut-etre les derniers monuments que je voyais et cela me motive pour m'abstenir et supporter. Apres une nuit pas ideale parce que j etais indispose (et comme la chambre est sur le toit elle est a la fois calme et bruyante dans certains cas : se faire reveiller avant l'aube par le chant du muezzin a beaucoup de charme, mais se faire reveiller par un bus qui klaxonne sans discontinuer pendant une vingtaine de secondes moins. Or, le muezzin se fait entendre cinq fois par jour, les klaxons divers plusieurs milliers de fois). Apres donc quelques poussees de fievre comme la nuit precedente, j'ai ete promener ma diarhee dans les rues du fort rose et du bazar qu'il abrite, avant de prendre un rickshaw pour aller trainer mon mal de tete au Amber Fort. Autant ce genre de manifestations corporelles est delicat pendant la nuit, autant pendant la journee on s'oublie vite devant les magnifiques palais des maharadjas, que cela soit dit. Je suis sensible au charme de l'Inde qui encourage a se surmonter, tout espoir n'est pas perdu.
Le mal est dans ma tete plus que dans mon corps, je n' ai pas aborde ce voyage comme j'aurais pu le faire, sans doute aussi par inexperience. Quoi qu'il arrive, j'ai deja beaucoup appris et j'ai quelques bons souvenirs en plus, je vais ou je veux aller, je visite les endroits interessants, je n'ai aucun probleme pour prendre le train ou quoi que ce soit. Seulement tout cela me lasse profondement et je ne trouve pas de solution Il faudrait attendre sans doute, endurer, mais je ne suis pas un indien et je n'ai jamais ete patient. Surtout, je suis la pour passer des vacances agreables et pas pour vivre un calvaire (que je me suis moi-meme impose, j'ai quelques problemes psychologiques). Enfin voila, je vais peut-etre finir par m'y faire. Si par hasard je suis d'attaque apres-demain, j'enclencherai l'etape suivante, vers Jaisalmer, un endroit immanquable parait-il. Sinon, je reviendrai en France, tout en sachant que c'est une betise mais que si je la fais elle aura ete necessaire, pour me sortir de la sensation d'emprionnement que je ressens (quand je ne me supporte pas je ne me supporte pas). Je sais bien que ce n'est pas objectivement vrai et qu'il est toujours particulierement aise de se vautrer dans la couardise, l'echec et la facilite. Si je rentre, ce sera par faineantise et par mauvaise volonte. Justement, quand on voyage, on ne voit pas seulement autre chose, on se voit aussi soi-meme. Il peut sembler idiot de partir a 6500 kms pour "decouvrir" (sans que ce soit tout a fait une decouverte) que tout n'est pas si simple et qu'on est un enfant gate, mais bon, j'aurai toujours appris quelque chose.